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La Maison des femmes : quand l'entraide entre femmes sauve des vies

Dès les premières minutes du film, on est dedans. Dans ce lieu qui existe vraiment, niché à Saint-Denis, fondé en 2016 par la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem : un espace où des médecins, des psychologues, des juristes, des artistes se croisent et unissent leurs forces pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Un lieu où l'on arrive brisée et d'où l'on repart, peu à peu, réparée. D'ailleurs si le nom de Ghada Hatem vous dit quelque chose, c'est peut-être parce que vous avez découvert son parcours passionnant dans un épisode du podcast HelloMammas. À écouter ici !

affiche du film La Maison des Femmes de Melisa Godet

Ce que le film choisit de montrer et ce qu'il choisit de taire

Le premier choix de Mélisa Godet est le plus important : elle ne montre pas les violences. Pas d'images, pas de reconstitution, pas de voyeurisme. La violence est le hors-champ permanent du film. Ce qui l'intéresse, c'est l'après. La reconstruction. Le soin. Et l'équipe qui tient tout à bout de bras.

Ce décentrage change tout. Les femmes qui franchissent le seuil de la Maison ne sont plus des victimes mais les héroïnes de leur propre reconquête. 

Le film est choral, à l'image du lieu lui-même. On suit Diane (Karin Viard), énergique et bienveillante, véritable colonne vertébrale de la Maison. Manon (Laetitia Dosch), sage-femme au bord du burn-out. Awa (Eye Haïdara), explosive et juste. Et toutes les autres soignantes, patientes, chacune à un stade différent de son parcours.

Mélisa Godet a un truc pour filmer les moments où les patientes parlent : elle ralentit tout. Les plans deviennent longs, la caméra reste là, elle écoute vraiment. Comme si le film lui-même apprenait à tenir l'espace pour que les mots puissent sortir.

Un film joyeux sur un sujet grave

Ce qui surprend, c'est la légèreté du film. Pas la légèreté qui esquive, mais celle qui respire. Les dialogues claquent, l'humour est là, l'énergie de l'équipe est communicative. On rit, vraiment. Et ce rire ne trahit pas la gravité, il la rend supportable, pour les personnages comme pour nous.

"Pour qu'elles puissent tout nous dire, il faut qu'on ait l'air de pouvoir tout entendre", dit Awa à un moment. Cette phrase résume le film entier.

Ce qu'on retient en sortant de la salle

On repart du film en gardant en tête le parcours de toutes ces femmes, ces guerrières, ces queens.

On pense à Laetitia Dosch, sage-femme fragile qui tient quand même. On pense à Eye Haïdara, dont la colère est la plus belle forme d'amour qu'on ait vue à l'écran depuis longtemps. On pense à cette jeune femme dans un groupe de parole qui dit : "Si un mec passe sous un camion, on ne va pas attendre de lui qu'il marche tout de suite comme avant. Alors pourquoi, quand on est victime de viol, on nous demande toujours pourquoi ça ne va pas ?"

Et on pense à toutes les femmes qui tiennent des endroits comme celui-là. Qui écoutent, qui soignent, qui ne lâchent pas. Ces femmes HS au sens le plus fort du terme — épuisées et super-héroïnes à la fois.

Pour qui ?

Pour toutes celles qui ont envie de voir des femmes représentées avec dignité, sans pathos, sans condescendance. Pour celles qui ont besoin de voir que la reconstruction est possible. Pour celles qui travaillent dans le soin et qui ont besoin qu'on les voie. Pour celles qui n'ont jamais entendu parler de la Maison des femmes et qui découvriront un monde où l'entraide entre femmes est très puissant.

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